Expertise

CONSULTATION PUBLIQUE SUR LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE 2017



Du 9 janvier au 3 mars 2017 se tient pour la première fois une vaste consultation publique sur la sécurité routière organisée par la Société de l'Assurance Automobile du Québec (SAAQ).

Pour Vélo Québec, cette consultation s'inscrit dans la continuation des efforts déployés depuis plusieurs années pour de nouvelles mesures en faveur des personnes à vélo. En 2014, nous participions activement aux travaux du Groupe de discussion sur la sécurité des cyclistes pour demander la révision du Code de la sécurité routière. En 2017, nous avons besoin de vous pour faire entendre les enjeux de sécurité routière et les solutions qui feront une réelle différence pour les cyclistes.

Comment ?

ÉTAPE 1 : Prenez connaissance de la position de Vélo Québec et répondez au questionnaire en ligne



La SAAQ propose un questionnaire électronique sur plusieurs thèmes, dont le vélo. Vous voulez notre avis sur les priorités à mettre de l'avant? Continuez la lecture! Cliquez sur chaque réponse pour nos explications.

Question 12 : Quelles actions devraient être privilégiées pour rendre les déplacements à vélo sécuritaires?
Vélo Québec regrette que les choix de réponse soient limités à un maximum de trois, et approfondira ses demandes dans son mémoire. Néanmoins, voici nos priorités parmi celles proposées:
Développer et diversifier le réseau cyclable (ex. : pistes cyclables, bandes cyclables)
Nous en faisions le constat dans L'État du vélo au Québec en 2015 : dans les vingt dernières années, trois fois moins de cyclistes ont été tués ou grièvement blessés sur les routes du Québec. Pourtant, ce n’est pas parce que les routes du Québec sont moins achalandées! Au contraire, ces gains sont survenus malgré l’accroissement du nombre de cyclistes et de voitures. Le développement du réseau cyclable québécois, dont la longueur totale a été multipliée par cinq, y est certainement pour beaucoup. 

Développer les réseaux cyclables est donc un élément primordial de sécurité routière!


Source : L'État du vélo au Québec en 2015
Augmenter le nombre d’aménagements ayant pour objectif de réduire la vitesse des véhicules routiers (ex. : dos d’âne, avancée de trottoirs, îlot central) 
Là où les rues n'offrent pas de voie cyclable dédiée, la cohabitation entre véhicules et vélos est possible à une condition : que la vitesse soit réduite. C'est ainsi que l'on réduit à la fois le risque de collisions et la gravité des conséquences. Et comme les signalisations de limites de vitesse ne suffisent pas à elles seules à réduire la vitesse de circulation, c'est la rue qui doit dicter, par sa géométrie et ses aménagements, le comportement à adopter.

Les chances de survie à une collision sont de 90% à 30 km/h, mais de seulement 20% à 50 km/h. Pour plus d'explications sur les vitesses appropriées selon les usages, visionnez cette vidéo (en anglais).
Assouplir la réglementation pour les cyclistes (ex. : ne pas obliger les cyclistes à circuler à l’extrême droite de la chaussée)
Assouplir ou plutôt adapter la réglementation pour les cyclistes, c'est une question de bon sens et de physique : un cycliste est à la fois plus léger, moins rapide, donc moins dangereux qu'une auto. Sa position en hauteur et en avant lui confère également une meilleure vision et capacité à évaluer la situation à une intersection. Parallèlement, il est plus petit, moins visible des autres usagers et plus à risque que le conducteur d'un véhicule. Les démarrages nécessitent un plus grand effort et le cycliste cherche naturellement à conserver son élan autant que possible.
 
Comment cela se traduit-il sur la route?
  • Les cyclistes devraient pouvoir traiter les arrêts comme des cédez-le-passage, c'est à dire ralentir de façon marquée à une intersection, et poursuivre à vitesse réduite sans arrêt complet si la voie est libre. Si d'autres usagers sont prioritaires ou qu'un piéton traverse, le cycliste s'arrête complètement, comme devant un panneau de cédez-le-passage. Une récente étude a démontré que cette mesure pouvait en fait améliorer la sécurité des cyclistes (explications en vidéo en anglais).
  • Les cyclistes ne devraient pas être tenus de rouler à l'extrême droite de la chaussée. Parfois, il est nécessaire de s'éloigner du bord de la chaussée pour éviter les débris, défauts de la route ou les portières d'autos stationnées qui risquent à tout moment de s'ouvrir dans leur voie.
  • Les cyclistes devraient être autorisés à franchir les intersections lors de la phase piétonne des feux de circulation. Ainsi, ils peuvent quitter l'intersection et éviter de se retrouver dans l'angle mort des véhicules qui tournent à droite.
  • Les cyclistes devraient pouvoir tourner à droite au feu rouge en présence d'une signalisation appropriée. Là aussi, cette manœuvre leur permettrait d'éviter les risques de collision encourus lors des virages à droite des autos qu'ils côtoient. La mesure est généralisée à Paris et à Bruxelles, et dans de plus en plus de villes françaises. Elle est même étendue à d'autres manoeuvres (virage à gauche) à certaines intersections parisiennes. Le Danemark la permet aussi par endroits. Dans tous ces cas, les projets pilotes ont démontré qu'il n'y avait aucune hausse des accidents.
 
Rendre un cours sur la sécurité à vélo obligatoire dans les écoles primaires 
Vélo Québec fait valoir depuis des décennies l'importance d'éduquer nos enfants dès le plus jeune âge, pour qu'ils deviennent des cyclistes prudents et responsables sur la route. Nous sommes aussi convaincus que c'est grâce à l'école que nous pouvons rejoindre l'ensemble des jeunes. C'est pourquoi nous développons et proposons depuis 2015 le Programme Cycliste averti, que nous espérons pouvoir déployer, à terme, dans toutes les régions et écoles du Québec!
Ajouter des équipements sur les véhicules lourds : protections latérales (jupes sur les côtés des véhicules) pour empêcher les cyclistes de glisser sous les véhicules, miroirs pour diminuer les angles morts et caméras pour détecter les cyclistes dans les angles morts 
Les véhicules lourds sont surreprésentés dans les collisions graves et mortelles de cyclistes. S'ils ne sont impliqués que dans 3,9% des collisions avec les cyclistes, ils sont en cause dans 31,4% des décès de cyclistes! Les angles morts autour des véhicules lourds sont extrêmement importants et risqués pour les piétons et cyclistes; tout dispositif permettant aux conducteurs de mieux détecter leur présence constituerait un gain appréciable. Ce n'est pas pour rien que les bus scolaires sont dotés de nombreux miroirs supplémentaires! Quant aux protections latérales, elles pourraient éviter aux victimes de collisions de glisser sous les roues des poids lourds.

 

Angles morts d'un camion; protections latérales. Source : SAAQ
Poursuivre les campagnes de sensibilisation sur le partage de la route 
Les campagnes de sensibilisation restent un élément essentiel pour rappeler à la population les bons comportements à adopter et les changements apportés au Code de la sécurité routière! Récemment, deux dispositions ont été modifiées : la distance de dépassement sécuritaire d'un cycliste et la sanction en cas d'emportiérage. Il faut continuer à communiquer pour que la majorité des citoyens le sachent! 

Question 13 : Actuellement, au même titre que les automobilistes, les cyclistes ont l’obligation de s’immobiliser à un feu rouge et de poursuivre leur route seulement lorsque le feu est vert. Seriez-vous très, assez, peu ou pas du tout favorable à ce que les cyclistes puissent également utiliser le feu pour piétons?
Très favorable 
Une large part des accidents impliquant les cyclistes surviennent aux intersections, en particulier lorsque les cyclistes se trouvent dans les angles morts de véhicules qui tournent à droite. Autoriser les cyclistes à utiliser le feu pour piéton, tout en cédant aux piétons qui restent prioritaires, c'est leur permettre de quitter l'intersection avant les autos, et donc d'éviter les manœuvres dangereuses de virage.
Notons qu'à de nombreuses intersections, les phases piétonnes et cyclistes (lorsque les feux sont équipés de signaux cyclistes) sont déjà simultanées, et que dans d'autres cas, une signalisation oblige les cyclistes à se conformer aux feux piétons. Cela montre bien que la cohabitation entre piétons et cyclistes aux intersections est déjà réalité!

Panneau «Prescription pour cyclistes à un feu pour piétons» (P-285)

Question 14 : Seriez-vous très, assez, peu ou pas du tout favorable à la circulation des cyclistes dans les voies réservées aux autobus, aux taxis et au covoiturage, aux endroits où la cohabitation entre les cyclistes et les autres véhicules routiers pourrait se faire de façon sécuritaire?
Très favorable 
Vélo Québec est en faveur des mesures préférentielles pour le transport en commun, dont font partie les voies réservées. Néanmoins, celles-ci ne doivent pas se faire au détriment des cyclistes et faire en sorte que ces derniers n'aient plus accès aux rues sur lesquelles ils vivent, travaillent ou magasinent. Lorsque les conditions sont réunies pour assurer leur sécurité (largeur de la voie, débit et vitesse de circulation), Vélo Québec souhaite donc que les cyclistes soient autorisés dans les voies réservées, mais rappelle qu'en aucun cas celles-ci ne remplacent des voies cyclables dédiées.

Question 15 : Les enquêtes de la SAAQ révèlent qu’un peu plus de 50 % des cyclistes portent le casque. Comment pourrait-on augmenter cette proportion?
Poursuivre la sensibilisation
Au Québec, le port volontaire du casque protecteur à vélo progresse constamment au fil des années, pour s'établir à 53.2% en 2014. Si le taux progresse plus lentement chez les adolescents, il est relativement élevé chez les enfants (78,2%) et les plus de 25 ans (58,9%). C'est la preuve que les campagnes de sensibilisation portent leurs fruits. C’est cette voie, plutôt que l’approche règlementaire ou législative, que privilégie Vélo Québec. De plus :
• Là où on a imposé le port du casque, la loi a eu un effet clairement dissuasif, entraînant une baisse de l’utilisation chez les jeunes et leurs parents. Quand on connait le défi de faire bouger les jeunes et la population en général, les investissements dans les infrastructures cyclables nous semblent une meilleure piste.
• Les taux de blessure sévères à la tête ne varieraient pas avec une loi obligeant le port du casque (étude récente de l'Université de Colombie-Britannique).
• Nous estimons qu'une telle obligation serait incompatible avec les systèmes de vélo en libre-service, qui reposent sur une utilisation spontanée et sans contrainte. Or on sait à quel point un système comme BIXI a contribué à démocratiser le vélo, en plus d’avoir un effet bénéfique pour la sécurité de tous.

Commentaires additionnels
Vous souhaitez faire valoir d'autres solutions dans le cadre de cette consultation? Voici quelques idées :
  • Adopter un principe de prudence exigeant des précautions accrues des usagers les mieux protégés envers les plus vulnérables.
  • Adhérer à la démarche de sécurité routière Vision zéro (pour zéro décès et zéro décès).
  • Revoir les normes de conception routière et y prévoir des possibilités de zones de rencontres et de vélorues, où la prépondérance de l'auto est revue au profit des autres usagers.
  • Adopter une approche de rue complète afin que les besoins de tous les usagers, y compris les cyclistes, soient systématiquement pris en compte dès la conception de la rue.
  • Concevoir les aménagements cyclables de façon à ce qu'ils soient utilisables à l'année longue.

Prêt?

Répondez au questionnaire en ligne!

ÉTAPE 2 : Participez aux consultations régionales



Des séances de consultation régionales se tiennent dans 11 villes du Québec du 3 février au 3 mars 2017 : Chibougamau, Val-d’Or, Gatineau, Baie-Comeau, Rimouski, Trois-Rivières, Saguenay, Sainte-Adèle, Sherbrooke, Montréal et Québec.

L'inscription préalable est obligatoire sur le site web de la consultation.

Vous voulez échanger des idées, obtenir de l'information, mobiliser vos amis à cette occasion? Vélo Québec, Piétons Québec et leurs partenaires régionaux vous invitent à vous joindre aux évènements Facebook des villes de Val-d’Or, Gatineau, Rimouski, Trois-Rivières, SaguenaySainte-Adèle, Sherbrooke, Montréal et Québec.
 

ÉTAPE 3 : Présentez un écrit ou un mémoire pour faire valoir vos opinions



Pour aller plus loin, vous pouvez aussi soumettre un écrit sous forme de mémoire, de lettre ou autre document. Détails ici.