Le 5 octobre prochain, la population québécoise choisira son gouvernement pour les quatre prochaines années. Comme à chaque campagne, tous les partis sont à la recherche de solutions concrètes aux problèmes bien réels que vivent les Québécois·es : le coût de la vie, la pression sur le système de santé, la vitalité des régions, l’avenir de nos enfants. Comment le vélo se positionne-t-il là-dedans?
Ma réponse tient en une phrase : une solution, et ce, peu importe la couleur du prochain gouvernement.
Parce qu’au fond, c’est de ça qu’il s’agit. Le vélo n’est pas une idéologie. C’est un outil. Et comme tout bon outil, il sert des objectifs très différents selon les mains qui le tiennent. Voici quatre leviers, tirés de nos priorités électorales 2026, qui montrent qu’on peut arriver au vélo par des chemins tout à fait opposés et y trouver, chaque fois, de bonnes raisons d’y rester.
Pour qui compte chaque dollar public
On aime dire que le vélo, c’est bon pour la planète. C’est vrai. Mais c’est aussi, très concrètement, bon pour le budget de l’État.
Un kilomètre de piste cyclable coûte une fraction de ce que coûte un kilomètre de route à entretenir. Pourtant, le Fonds des réseaux de transport terrestre s’enfonce dans un déficit qui devrait atteindre 3,7 milliards de dollars cette année seulement, le tiers du déficit budgétaire global du Québec, alors que ses revenus, essentiellement liés à la taxe sur l’essence, s’érodent avec l’électrification du parc automobile. Notre système de mobilité encore construit presque entièrement autour de la voiture n’est pas pérenne.
Il y a aussi une iniquité plus discrète, mais tout aussi révélatrice : une allocation versée pour l’usage professionnel d’une automobile personnelle n’est pas imposable, alors que la même compensation pour un déplacement à vélo l’est. Peu importe qu’on soit préoccupé par la rigueur des finances publiques ou par la justice fiscale, cette asymétrie ne tient pas la route.
Pour qui s’inquiète de la santé publique
Les Québécois·es ont cumulé 305 millions d’heures de vélo en 2025. Selon l’outil HEAT de l’Organisation mondiale de la santé, ce seul volume d’activité permet d’éviter 350 décès par année et de générer plus de 3,3 milliards de dollars d’économies, près de 5 % des dépenses en santé du gouvernement du Québec, qui augmentent pourtant de 6,8 % par année. Je mets quiconque au défi de me nommer un outil de prévention en santé offrant un tel rendement.
Cette urgence d’agir a d’ailleurs été bien nommée récemment. Une coalition dont fait partie Pierre Lavoie, cofondateur du Grand défi Pierre Lavoie, a comparé le modèle québécois du sport et de l’activité physique à une Chevrolet 1967 : un modèle vieux de 50 ans, bâti autour de la performance olympique plutôt que de la santé de l’ensemble de la population, et qu’il est plus que temps de moderniser. Chaque dollar investi en prévention permettrait pourtant d’en économiser 14,30 $, selon la littérature scientifique citée dans ce dossier. Le vélo utilitaire, déjà intégré au quotidien de millions de Québécois·es, sans qu’il faille l’inscrire à un programme ni réserver un moment dans son horaire, est justement l’une des pièces les plus simples à greffer sur ce modèle collectif qu’il faut repenser.
Qu’on aborde la santé comme un capital à protéger ou comme un poste budgétaire à maîtriser, l’équation reste la même : chaque personne qui troque un trajet motorisé pour un trajet à vélo allège une pression qui, autrement, retombe sur le système public.
Pour qui défend la vitalité de nos régions
On associe encore trop souvent le vélo aux grandes villes. C’est oublier que le cyclotourisme génère aujourd’hui plus de 800 millions de dollars en dépenses touristiques annuelles et soutient plus de 6 500 emplois, dans les grands centres comme dans les communautés rurales. L’attestation Bienvenue cyclistes! compte désormais 465 établissements actifs dans 250 municipalités à travers le Québec, hébergements, restaurants, ateliers de réparation, et 67 % des cyclotouristes adaptent leur itinéraire pour privilégier un commerce qui l’a obtenue.
C’est une économie locale, diffuse, qui profite directement aux régions plutôt qu’aux seuls grands pôles urbains. Difficile de trouver un parti qui ne se réclame pas, à un moment ou un autre, du développement régional.
Pour qui pense à ses enfants et à ses parents
Le trajet entre la maison et l’école permettrait à lui seul à un enfant d’atteindre plus de la moitié de son activité physique quotidienne recommandée. Pourtant, les jeunes délaissent de plus en plus la marche et le vélo au profit de l’auto et du transport scolaire, en particulier à l’entrée au secondaire, au moment précis où ils gagneraient le plus à demeurer actifs et développer leur autonomie.
Cette autonomie, plusieurs parents la comprennent d’instinct : pouvoir se déplacer seul, sans dépendre d’un parent-chauffeur, sans attendre l’autobus, c’est une forme de liberté qu’on souhaite à ses enfants. La même logique vaut à l’autre bout de la vie, pour les personnes aînées qui tiennent à conserver leur mobilité le plus longtemps possible. Ce n’est pas un enjeu de génération ni de camp politique. C’est un enjeu de famille.
Une conversation qu’on peut enfin avoir autrement
Je ne prétends pas que ces quatre angles suffisent à convaincre tout le monde de tout. Mais ils montrent, je crois, qu’on peut cesser de discuter du vélo comme d’un symbole et commencer à en discuter comme d’une politique publique, avec ses coûts, ses bénéfices, et ses retombées bien réelles, peu importe la porte par laquelle on y entre.
Le prochain gouvernement, quel qu’il soit, portera un programme qui lui est propre. Je souhaite simplement qu’il y trouve une place pour le vélo, non pas parce que c’est la mode, mais parce que c’est, tout simplement, une bonne idée.
- Jean-François Rheault, CEO of Vélo Québec