Le vélo, métaphore de la vie

Isabelle Richer
Le 29 mai 2023

Le vélo, c’est une métaphore de la vie.

Il faut pédaler pour se tenir en équilibre, souvent y mettre l’effort pour avancer, encore davantage pour grimper, se concentrer dans les descentes, dans les virages et regarder loin devant pour éviter les pièges.

Et puis, on sait bien qu’en vélo, il vente tout le temps et ça grimpe tout le temps. 

Un peu d’adversité… Comme dans la vie, quoi!

Tout ça, je le savais déjà quand j’ai commencé à faire du vélo de route en 2000 parce que j’ai toujours roulé. 

Étudiante, je me déplaçais à vélo en ville. J’ai eu une auto assez tard, ça ne m’intéressait pas de conduire, alors je me déplaçais sur mon Gitane blanc qui m’amenait de chez moi à l’université puis au travail puis au dojo où je m’entraînais le soir. 

C’était bien avant les casques et les lumières qui clignotent et les GPS. Aucun gadget sur mon Peugeot, je crois que je n’avais même pas de porte-bidons! Une chaîne avec un cadenas. Après les cadenas standards, un cadenas en U tout simple, alors qu’on disait que c’était facile à neutraliser, pourtant j’ai été chanceuse parce que je n’ai jamais vécu le choc de ne pas retrouver mon vélo après l’avoir attaché quelque part en ville. Bénédiction!

Au dojo où je m’entraînais, quelques karatékas d’expérience étaient des cyclistes aguerris et ils roulaient sur des Marinoni. Des vélos splendides, qui avaient toutes les allures de vélos de course. Ils allaient grimper le Mont-Royal! Je les trouvais audacieux et les enviais. 

Évidemment, le premier (vrai) vélo que j’ai acheté a été un Marinoni. Je l’ai encore, je ne m’en déferai jamais. Simone avait peint, en lettres blanches, mon prénom sur le cadre bleu. C’est d’un chic! 

Je m’en sers tout l’hiver pour m’entraîner chez moi, où je fais religieusement des intervalles, selon un programme que mon entraîneur me prescrit. 

Je m’époumone à maintenir des watts comme si ma vie en dépendait, à faire des envolées, ou à rouler sur le gros plateau avec le maximum de résistance. 

J’ai encore un Tacx de base, je n’ai jamais réussi à faire fonctionner ni à m’habituer à tous ces systèmes tellement prisés par la communauté de cyclistes. 

Je les vois qui « Zwift » et ça m’intrigue, mais je suis tout aussi heureuse avec mes intervalles sur mon vieux Tacx.

J’écrivais tantôt que le vélo est une métaphore de la vie et qu’il ne faut jamais cesser de pédaler. Cet enseignement m’a servi après que j’aie subi un grave accident de vélo en 2015. 

La réadaptation est lente, laborieuse et surtout souffrante. 

Souffrante physiquement, au premier chef, mais moralement, elle est tout aussi souffrante. La peur le dispute au découragement, à l’envie de laisser tomber. Parce qu’on se dit qu’on n’y arrivera pas, que c’est trop difficile. 

Ma partenaire de vélo, Martine, venait me voir à l’Institut de réadaptation de Montréal et m’apportait des smoothies, des fraises fraîchement cueillies, comme lorsqu’on va rouler ensemble, et me sommait de me comporter en cycliste! 

À vélo, on ne déclippe pas dans une côte, on ne pose pas le pied par terre, sous peine de ne plus jamais pouvoir repartir. 

Allez, tire, pousse, gratte, tire, pousse, gratte.

J’en ai monté des côtes avec ce mantra en boucle dans ma tête.

Dans le parc national des Grands Jardins, alors que je pensais ne pas me rendre en haut, ou en remontant Sa Calobra à Majorque ou encore au Mont Lemmon.  

Sur mon petit plateau, quand le 52/40/30 existait encore, j’ai tout monté. Il n’y a rien de trop difficile. 

Alors je me suis mise sur le petit plateau et j’ai mouliné.

Quand j’ai posé le pied par terre, c’est que j’étais rendue.

Et j’ai repris le vélo de route avec la même ferveur …et la même inquiétude. Et plus de lumières que jamais!  

Isabelle Richer, journaliste

 

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